• Le Retour de la Contre-Révolution

    Rappelez-vous l’acte de vandalisme commis en avril 2011 sur l’œuvre « Piss Christ » d’Andres Serrano. Des catholiques traditionalistes s’étaient transformés en délinquants, menaçant et frappant des gardiens de musée où était accueillie l’œuvre considérée comme blasphématoire. Un acte déjà révélateur de la cristallisation et de la transformation en action violente de revendications jusqu’à présent formulées du bout des lèvres. L’image était frappante. La contestation se transformait en action.

    A l’occasion des débats entourant le « mariage pour tous » cette contestation est non seulement transformée en action avec une radicalisation certaine autour du mouvement de la Manif Pour Tous, avec le mouvement des veilleurs et du Printemps Français mais également théorisée par un des leaders du mouvement, Christine Boutin, qui a ouvertement annoncé militer pour la fin du « modèle libéral » et contre « l’idéologie de mai 68 ».

    Le discours sur un « Grand Soir » catholique n’est pas loin. Il y a un syncrétisme absolu dans les signes de la contestation, qui mêle dans un même cortège des images empruntées à l’extrême-gauche (le poing levé) et des slogans (« on ne lâche rien ») mais surtout des emblèmes que l’on avait pas vu dans des manifestations d’aussi grande ampleur depuis bien longtemps, comme le Sacré-Cœur catholique que certains arborent sur le drapeau national avec la devise « Espoir et salut de la France ». Pour beaucoup de ces catholiques, ce sceau est l’emblème de la Contre-Révolution. La Contre-révolution est un mouvement prenant ses racines dès 1789, condamnant les principes idéologiques de la Révolution française, la République.

    Il conçoit aussi que la nation française n’est pas née en 1789 mais en 496 lors du baptême et du sacre Clovis en 987. Les adeptes de ce courant idéologique au sein de la « droite nationale » sont très proches du milieu catholique traditionaliste. Ses principaux penseurs sont Maurras, Drumont ou Barrès. On pourrait être étonné du retour de ces symboles, pensés comme anachroniques. Cela serait une erreur : ce n’est que le retour d’une idéologie très ancrée dans le cerveau, le logiciel français. Cette pensée revient aujourd’hui, de manière cyclique et la science des révolutions pourrait aider à comprendre comment revient le mouvement de la Contre-Révolution. Car il s’agit là d’un cycle.

    C’est là où la « cliodynamique » est très utile : il s’agit d’une science émergente proposant une analyse de l’Histoire via des modèles mathématiques. Le mathématicien Peter Turchin est présenté comme le gourou de cette nouvelle discipline. Sur son site web ce dernier explique que les révolutions, les révoltes et les grandes périodes de tensions sociales peuvent être prévues via l’utilisation de modèles mathématiques et de statistiques recoupant un certain nombre d’informations. Un excellent article de Slate le détaillait récemment, la cliodynamique permet d’aller plus loin que la théorie des cycles historiques ou économiques, comme ont pu le théoriser un Fernand Braudel ou un Kondratieff… et de prévoir les révolutions.

    Ce qui est passionnant c’est que cette science a été nommée « cliodynamique » en partant du préfixe Clio qui est la muse grecque de l’Histoire, personnage mythologique chantant l’histoire et les défaites et gloires passées des peuples, mais qui est également associée à la roue de la fortune, la roue du temps, celle qui symbolise que l’histoire n’est qu’un éternel recommencement, et qu’après des périodes de grande ouverture sociale, viennent des périodes où l’ordre reprend ses droits.

    Pour les cliodynamiciens, nous sommes dans une phase comparable à celle qu’a connu l’Empire Romain : celle de la décadence, préalable à un grand changement, une révolte d’ampleur, ou une révolution. A l’occasion du débat sur le « Mariage Pour Tous » il est impressionnant d’observer à quel point la Contre-Révolution s’est structurée, ré-imaginée, renforcée. Il n’est pas interdit d’imaginer que les révoltes qui vont probablement arriver si l’on en croit les cliodynamiciens ne seront peut-être pas le fait de forces syndicalistes ou d’extrême gauche mais au contraire de forces conservatrices voulant rétablir un « ordre » existant avant 1968… et avant la Révolution Française. Soyons conscients que l’Histoire n’est qu’un éternel recommencement. Sachons écouter Clio et tirer les leçons de l’Histoire.

    Lire l’intégralité de l’article sur INfluencia (avec les liens) ICI.

  • Volcan du Diable et spectre de la Révolution

    Hekla se réveille en Islande. Cette nouvelle activité du “volcan du Diable”, comme on le surnomme, est un symbole peut-être annonciateur de plus grands troubles.

    Notre société moderne nous a trop souvent fait penser que la Nature était domestiquée. A trop imaginer le monde sous couvert d’un progrès scientifique et d’une idéologie scientifique, à trop penser au digital, aux robots, et aux imprimantes 3D, on en oublie que des circonstances naturelles qui ne sont pas si exceptionnelles peuvent changer le monde. Les éruptions de volcans en font partie.

    Hekla inquiète. Ce volcan du Sud de l’Islande serait depuis quelques jours en plein réveil. Les spécialistes sont formels, le monstre n’a jamais été aussi proche d’une éruption de grande ampleur.* Il faut se rappeler ce qu’est Hekla. Ce Titan, appartenant à une chaîne volcanique de quarante kilomètres de long, produit l’un des plus important volumes de lave des mille dernières années. Et vers 950 avant JC, une éruption aurait diminué les températures dans le nord de la planète pendant près de 18 ans. Helka est la représentation absolue de la force de la Nature. Incontrôlable. Destructrice. Absolue. Sans merci.

    Tout près de nous, rappelons-nous du volcan Eyjafjöll en avril 2010, qui nous avait donné l’impression d’être dans Flash Gordon, le film de Mike Hodges sorti en 1981 et présentant la Terre attaquée par Ming, un empereur extraterrestre provoquant des catastrophes, des éruptions et des tremblements de terre pour déstabiliser l’activité humaine et s’emparer de la planète. Au-delà de son caractère hautement cinématographique, cette éruption avait pris le monde entier par surprise. Elle avait en effet coûté des milliards de dollars aux compagnies aériennes et à l’économie mondiale et avait démontré en quoi un phénomène naturel peut perturber le bon déroulement d’une civilisation occidentale lourdement équipée et technologiquement avancée.

    Les conséquences indirectes d’un événement climatique important peuvent en effet être absolument catastrophiques dans des moments de tensions intenses tels que nous le connaissons aujourd’hui.

    Rappelons-nous d’un autre volcan islandais, le Laki, dont l’éruption en 1783 fut un des critères de déclenchement de la Révolution Française. Les années qui ont suivi l’éruption du Laki en 1783 furent marquées par des phénomènes météo extrêmes, dont des sécheresses et des hivers très rigoureux. L’énorme éruption aurait en effet été à l’origine de l’émission plus de centaines de millions de tonnes de gaz nocifs, tué des centaines de milliers de têtes de bétails à cause de la contamination des pâturages, mené la population islandaise à une famine, et fera périr plus de 10 000 personnes**. Partout dans le Nord de l’Europe on vit une accentuation du « petit âge glaciaire ». La légende disait que le pain et la viande gelaient sur la table de la cuisine et les corbeaux en plein vol. La ligne de grain orageux qui traversa la France du sud au nord, en été 1788, détruisit presque toutes les récoltes du pays. On y vit même des grêlons de cinq kilos.

    Au-delà des images d’Apocalypse qui peuvent venir à l’esprit (La première trompette : De la grêle, du feu et du sang tombent du ciel), le moment fût absolument dramatique économiquement et socialement, comme le montre la vidéo ci-dessous. Ce phénomène climatique exceptionnel arriva au pire moment, celui où la France et l’Europe étaient déjà au bord de l’implosion sociale et économique. Un moment qui peut en rappeler d’autres.

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